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Venir en aide aux SDF: « Il faut sortir d’une logique de gestion de l’urgence »

Cette vague de chaleur 2018, on le constate, est exceptionnelle et on l’a suffisamment comparée, elle dépasse même celle de 1976. Elle invite donc à la plus grande vigilance, prévoyance aussi à l’égard des personnes qui vivent dans la rue. C’est tout aussi important aujourd’hui en été, en pleine canicule, qu’en hiver, comme l’explique Laurent d’Ursel, président de Douche Flux, association qui vient en aide aux personnes en situation de précarité.

« Il faut se protéger du soleil, il faut s’hydrater et force est de constater qu’il n’y a aucun plan à notre connaissance qui a été mis en place. Or, ça n’aurait pas été très difficile vu que la canicule était annoncée de longue date. Si j’avais été ministre, ç’aurait été très simple : ç’aurait été de mobiliser les SDF — parce que c’est la loi de la jungle, mais c’est aussi un lieu où il y a beaucoup de solidarité — de les défrayer comme bénévoles et de leur distribuer des bouteilles qu’ils distribueraient eux-mêmes dans les endroits où, mieux que quiconque, ils savent qu’il y a des personnes qui se trouvent à la rue. »

« Ce que nous ne voulons surtout pas, c’est aller dans une logique du thermomètre, où selon les températures très basses ou très hautes, on se met à agir. Il vaut mieux anticiper, mais c’est clair que lorsqu’il y a une canicule comme celle-là, il eût fallu agir, surtout qu’elle était annoncée et qu’on savait à l’avance qu’il y aurait ces problèmes. Ça n’aurait pas été très compliqué d’organiser des maraudes spécifiquement sur la prévention contre la déshydratation. »

Il n’y a pas de raison de se couper d’une population le 1er avril ou le 1er mai

Et afin de sortir de cette logique du thermomètre, la région bruxelloise va bientôt appliquer une nouvelle ordonnance qui supprime le plan hiver. « Tout le secteur s’est toujours battu contre la logique même d’un plan hiver » commente Laurent d’Ursel.

« Il n’y avait pas avant de cadre légal pour agréer les centres de jour, les services d’accueil de jour comme Douche Flux et comme huit ou neuf autres à Bruxelles. C’était très bizarre. Maintenant, grâce à cette nouvelle ordonnance, il y a un cadre qui permettra à ces neuf centres d’être agréés. Donc, c’était un manque, une lacune qui a été comblée grâce à cette ordonnance. Il y a beaucoup de bonnes choses dans cette ordonnance, il y a beaucoup de choses qui nous inquiètent aussi, mais la notion de plan hivernal, de dispositif hivernal disparaît, ce que nous demandions. »

« Il n’y a pas de raison de se couper d’une population le 1er avril ou le 1er mai, selon le bon vouloir de la météo et des ministres, c’est-à-dire qu’au niveau de la logique, du suivi social, du lien et des traitements médicaux, tout d’un coup il y a une partie de la population qui disparaît dans la nature et tout ce qu’on a essayé de mettre en place s’effondre en partie à la fin du plan hiver. On a donc toujours dit qu’il n’y avait pas de logique. »

« Et le nombre de morts à la rue en été n’est pas moins important qu’en hiver. Donc, la logique du thermomètre correspond à un fantasme où on s’identifie. On se dit que ça doit être insupportable, alors que plus on est dans le froid, plus on supporte le froid. »

Besoin d’une volonté politique

Alors pourquoi fait-on face à une telle difficulté à créer un plan structurel, quelque chose de vraiment permanent qui soit attentif à la situation des sans-abris ?

« Parce que ça demande une volonté politique, c’est-à-dire populaire, de prendre le taureau par les cornes et de sortir d’une logique de la gestion de l’urgence, c’est-à-dire des personnes qui sont à l’abri, et de décider une fin du sans-abrisme qui suppose — mais ça, c’est un énorme investissement — qui, même au niveau strictement financier, serait plus économique — c’est démontré dans d’autres villes — de mettre le paquet non seulement sur l’urgence… »

« Il faut aussi faire de l’urgence, les personnes qui sont à la rue aujourd’hui méritent toute notre attention, mais il faut coupler à ça une politique de prévention, éviter que les gens tombent à la rue et une politique de logement. La situation des logements à Bruxelles est purement catastrophique et scandaleuse et nous faisons tout pour essayer de remettre en situation morale, administrative et mutuelle les personnes pour les reconditionner, pour qu’elles soient de nouveau motivées pour retrouver un logement. Et patatras, il n’y a pas de logements ! Alors, comment voulez-vous garder la motivation ? »

Source : RTBF Info, disponible sur https://www.rtbf.be/info/societe/detail_venir-en-aide-aux-sdf-il-faut-sortir-d-une-logique-de-gestion-de-l-urgence?id=9989979&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=fb_share

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