
La Wallonie affiche une ambition : sortir du sans-abrisme.
Et pour la première fois, elle se dote d’une spécifique, structurée, transversale, qui reconnaît enfin l’ampleur et la complexité du phénomène. C’est une avancée. Mais sera-t-elle suffisante ?
Consultez la Stratégie wallonne de sortie du sans-abrisme
La stratégie coordonnée de sortie du sans-abrisme 2025-2029 adoptée par le Gouvernement wallon en décembre 2025 marque une étape importante. Elle reconnaît enfin le sans-abrisme comme un enjeu structurel, transversal, qui ne peut plus être traité uniquement dans l’urgence. Elle affirme des principes que le secteur défend depuis longtemps : la prévention, l’accès au logement, la continuité des parcours, la coordination entre acteurs.
En cela, cette stratégie constitue une avancée. Mais pour les trois fédérations du secteur – AMA, ARCA et COCOREL – une lecture critique appelle aussi une vigilance.
Car si les constats sont largement partagés, les conditions de leur mise en œuvre restent, à ce stade, flous. La stratégie repose sur des intentions, sans engagements budgétaires clairs, sans calendrier précis, et sans mécanismes contraignants pour garantir l’implication des différents niveaux de pouvoir.
Or, la réalité est connue :
- En Wallonie, plus de 20.000 personnes sont aujourd’hui sans chez-soi, dont plus de 5.000 enfants.
- Les services sont sous pression face à l’augmentation de demandes d’accompagnement et d’hébergement
- Les équipes de terrain font face à des situations toujours plus complexes, marquées par des ruptures multiples : logement, santé mentale, parcours institutionnels.
Dans ce contexte, toute ambition politique doit impérativement s’accompagner de moyens à la hauteur.
La stratégie met en avant la logique de l’investissement social : agir en amont pour éviter des coûts humains et financiers plus importants à long terme. Le secteur partage pleinement cette approche. Mais un investissement suppose… des investissements. Sans refinancement structurel, le risque est clair : intensifier les missions confiées aux services sans leur donner les capacités de les assumer concrètement sur le terrain.
Autre point de vigilance majeur : la question du logement. La stratégie réaffirme le rôle indispensable du logement, notamment à travers le développement du Housing First et de l’accompagnement en logement. Mais sans augmentation significative de l’offre de logements publics/privés, accessibles et abordables, ces mesures resteront limitées dans leurs effets. Les services ne peuvent pas organiser des sorties durables sans solutions de logement.
Par ailleurs, il est essentiel de rappeler que la sortie du sans-abrisme ne repose pas sur un seul levier. Prévention, accompagnement, logement, urgence : ces dimensions sont complémentaires. Réduire certains dispositifs, dont les services d’accueil et d’hébergement, à un simple “filet de sécurité” ne reflète pas la réalité du travail mené sur le terrain. Les maisons d’accueil, les abris de nuit, les accueils de jour sont des acteurs centraux de l’accompagnement vers l’autonomie, et doivent être soutenus comme tels.
Enfin, la stratégie devra veiller à ne pas rester dans le déclaratif en matière de coordination intersectorielle. Les parcours sans rupture ne se décrètent pas : ils nécessitent des engagements sur le terrain, des responsabilités partagées et des moyens dédiés, notamment dans les secteurs de la santé, du logement et de la jeunesse.
Pour les fédérations AMA, ARCA et COCOREL, l’enjeu est désormais clair : passer des intentions aux actes.
Sortir durablement du sans-abrisme ne sera possible qu’à trois conditions :
- des moyens structurels à la hauteur des besoins,
- une politique ambitieuse en matière de logement,
- et une mobilisation réelle de l’ensemble des compétences publiques concernées dont le logement
L’enjeu n’est plus de reconnaître le problème. Il est d’y répondre pleinement.
