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Fin Plan Hivernal

Accueil des migrants: la porte d’Ulysse, laboratoire citoyen

La Plateforme citoyenne, qui œuvre à l’hébergement des migrants en transit, a été plébiscitée pour le prix du Bruxellois(e) de l’année. Depuis décembre, des bénévoles gèrent un centre d’accueil de nuit. Une organisation fondée sur la confiance.

Dans les étages de bureau, sous la lumière crue des néons, on est sur son smartphone ou déjà sous les couvertures. Comme chaque soir, les migrants reprennent possession de leur dortoir improvisé dans d’anciens open space. A 21 heures, les premiers arrivés se sont déjà écroulés de fatigue.

Depuis la mi-décembre, la Plateforme citoyenne gère son propre centre d’hébergement d’urgence à Haren, à quelques mètres de celui de la Croix-Rouge, destiné aux sans-abri. Un rez-de-chaussée pour souper, se doucher, fumer, voire cuver. Et six étages de dortoirs. Le tout géré essentiellement par des bénévoles.

Les responsables ont établi quelques règles de vie, expliquées brièvement aux nouveaux venus : pas d’alcool, pas de bagarre, pas de nourriture dans les étages. Pour le reste, les hébergés sont libres d’aller et venir, ont accès en permanence au réfectoire, aux douches. «  On essaie d’imposer le moins d’injonctions possible, explique Andrea Curulla, le coordinateur du centre, seul salarié du dispositif. Ce n’est pas le Samusocial ou la Croix Rouge, qui s’adressent à un public plus difficile, souvent en rupture ou en voie de rupture avec la société. Ici, pas question d’avoir un entretien social, des sas ou des agents de sécurité. L’accueil est fondé sur la confiance et l’autonomisation des personnes. Si quelque chose se passe mal, ils se pénalisent tout seuls. » Et le groupe s’autorégule. Une mise en pratique du concept de « vnous » (contraction de « vous » et « nous ») porté par Mehdi Kassou et au cœur de la démarche de la Plateforme : des humains qui aident des humains. «  Mettre de la distance, c’est créer de la méfiance et donc de l’insécurité, estime le porte-parole de l’association. C’est pour cela qu’on a tout de suite rejeté l’idée d’avoir des gens pour la sécurité. On ne voulait pas instaurer ce genre de climat. »

Dans le bureau, quelques habitués restent discuter avec des bénévoles oisifs qui ne se sont pas résolus à partir après leur service. On a sorti une guitare, ça débat de la pilosité d’Antonio Banderas. Ambiance de colo. Pendant ce temps, les petits groupes de migrants aux mines fatiguées défilent. Les garçons tendent précipitamment les coupons donnés au parc Maximilien et qui leur permettront d’accéder aux étages et aux lits. Clara et Justine, deux jeunes volontaires, se relaient pour les conduire. Ici les draps, là les douches. Au 4e, vous pouvez prendre les lits disponibles.

La porte d’Ulysse – un hommage à un Ulysse bénévole, aujourd’hui décédé, pas une référence au héros de l’Odyssée – devait à l’origine servir de simple soupape pour soulager les hébergeurs. Mais les 80 lits ont vite été débordés. Alors on est passé à une capacité de 200 places.

Qui ne suffisent plus vraiment.

A 23h30, 189 lits sont déjà occupés, mais le parc annonce l’arrivée d’un groupe de 17 personnes. Et il reste encore du monde sur le carreau. Le froid de ces derniers jours décourage les migrants de tenter leur chance pour l’Angleterre. Ça fait plus de monde à loger. «  Tout repose sur la mobilisation des hébergeurs, explique Marik, qui gère le flux des arrivées. C’est très variable, sans qu’on comprenne toujours pourquoi. » Le parc ne sera vidé qu’à 2 heures du matin, avec 249 personnes orientées vers le centre. Les derniers dorment sur des couvertures.

Citoyenneté directe

L’hébergement – et toute la logistique déployée derrière – répond à une urgence, mais le temps passant, la structure développe sa réflexion sur la citoyenneté. «  Le temps passé dans les familles, c’est aussi une immersion sociale pour les migrants, avance Mehdi Kassou. L’idée c’est de faire des migrants en transit des demandeurs d’asile. » Et partant, de construire une citoyenneté directe, affranchie des structures professionnelles, abonde Andrea Curulla. «  A l’époque où j’étais au Samusocial, plusieurs amis avaient voulu donner un coup de main, mais c’est compliqué de devenir bénévole : il faut s’engager, être formé, sélectionné. Ici, n’importe qui peut venir, l’organisation est par définition citoyenne. Et ça nous a permis de découvrir des perles qui ne correspondaient peut-être pas dans des profils types. »

«  Loger des gens, émotionnellement, c’est dur, souligne Rosalie, 28 ans. On s’attache, on s’identifie. Certains ont l’âge de ma petite sœur. » La jeune femme a sauté le pas de l’hébergement en novembre, un soir de neige. Ses colocataires ont joué le jeu… jusqu’à un certain point. Alors elle est venue donner un coup de main. «  C’est chouette d’être avec d’autres bénévoles, on croise des gens qu’on a déjà hébergés, on aide, mais sans que ce soit une telle responsabilité. » Des tâches claires à effectuer sans nécessairement s’engager dans la durée ou sur le plan émotionnel. «  C’est rassurant de savoir qu’on a une équipe derrière  »

Gérer les crises

Gérer les flux, la répartition des lits, répondre aux besoins… Et pour le reste ce sont les grandes et petites crises à gérer au quotidien. Quelques jours plus tôt un extincteur a été entièrement vidé lors d’une altercation assez rude. C’était le premier jour de Tim, un étudiant en psychologie, qui est rentré le bras recouvert de blanc. Baptême du feu. Les canalisations qui lâchent, faisant déborder les toilettes qui se sont répandues sur la moquette. Et forcément, au 6e étage où les migrants dorment à même le sol. Les plombs qui sautent, les comportements déplacés, les quiproquos…

Le quotidien à gérer, c’est ce garçon égyptien aux traits encore poupons. Il a peut-être 13 ans. Ses deux parents sont morts lors de la traversée de la Méditerranée il y a deux ans. Depuis, il vit dehors, suit l’un ou l’autre groupe, reste seul. Là, il est en pétard et hurle sur Mehdi Kassou qui le recadre. «  C’est devenu un bonhomme, qui vit à la dure, raconte Andrea en regardant la scène. Mais dans le fond, ça reste un enfant qui fait des crises. C’est compliqué parce que la moindre opposition le braque et il peut disparaître pendant des jours. » On le recroisera au petit matin, doudoune ficelée, les poings serrés sur les bretelles de son sac à dos. Comme un écolier.

Les chiffres

Près de 38.000

C’est le nombre de personnes désormais inscrites sur la page Facebook Hébergement plateforme citoyenne. Des chiffres qui ne cessent de croître même si l’accueil citoyen a connu un léger essoufflement au profit du centre collectif de la porte d’Ulysse. Même si un noyau dur assure le gros de l’hébergement, l’arrivée pour l’instant continue de nouveaux foyers permet d’assurer le turnover. A noter que la majorité des accueillants – et des bénévoles – sont des femmes.

500.000 euros

Comment est financée la porte d’Ulysse ? La Ville de Bruxelles couvre le loyer et les charges de cet immeuble de six étages sur l’entièreté du bail, de mi-décembre à fin mars, pour un total de 123.463 euros. Les 80 premiers lits sont loués par Médecins du monde, qui a pris en charge le salaire d’un coordinateur, seul employé du dispositif. Lorsque le centre a augmenté sa capacité, la location des 120 lits supplémentaires a été financée par la fédération des CPAS, qui s’appuie sur un fonds de 500.000 euros alloué par la Région. C’est grâce à ce fonds aussi, que le CPAS de Bruxelles assure la blanchisserie (tous les draps sont lavés quotidiennement).

Pour le reste, la solidarité joue. La Plateforme a pu payer les douches en levant 26.000 euros grâce à une opération de crowdfunding. Des élèves architectes de La Cambre se sont chargés de construire l’auvent qui en protège l’accès, à l’extérieur du bâtiment. Les petits-déjeuners sont assurés par des associations qui gèrent les stocks et envoient leurs bénévoles (10 chaque matin).

12.000 nuitées

environ ont été assurées à la porte d’Ulysse depuis sont ouverture mi-décembre, pour 24.000 repas distribués.

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