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Communique Presse2

Contraindre les sans-abri : le jeu d’équilibriste entre coercition et aide sociale

Ce week-end, le Bourgmestre de la commune d’Etterbeek, Vincent De Wolf (MR) a émis une ordonnance de police autorisant les agents de police à arrêter administrativement des personnes sans abri présentes dans les rues de la commune alors que règne un froid polaire.  L’objectif de cette ordonnance est de contraindre les « SDF » à se rendre dans un chauffoir en journée ou dans un centre d’hébergement d’urgence la nuit.

D’autres Bourgmestres, à Bruxelles comme en Wallonie, ont suivi l’initiative (Bruxelles-ville, Charleroi, Liège, Namur…).

 

Si le principe de précaution et de mise à l’abri prévaut, jusqu’où faut-il contraindre les personnes sans abri à se rendre dans un centre d’hébergement d’urgence ou dans un centre d’accueil de jour?

La position des Bourgmestres peut être « entendable » mais nous nous posons la question de savoir ce que ces mêmes Bourgmestres mettent en place le reste de l’année pour ces mêmes personnes sans abri et plus largement pour lutter contre le sans-abrisme ?

L’hiver, comme l’été, sont prévisibles chaque année !  Des décisions, prises dans l’urgence, dans l’émotion pré-électorale, sans concertation avec les associations de terrain et sans avoir envisagé des solutions structurelles ne sont qu’un sparadrap sur une plaie !

 

Que dire aussi du rôle donné aux agents de police et aux travailleurs sociaux ? 

Pour les premiers, il leur est demandé d’activer la carte de la coercition alors qu’une approche préventive serait sans doute plus efficace.

Pour les seconds, il leur est demandé de dénoncer des situations de danger outrepassant le délicat lien de confiance établi entre la personne sans abri et le travailleur social.

 

La question de la contrainte est délicate et nécessite des réponses nuancées et adaptées à chaque situation devraient être apportées.  Comme le rappelle l’asbl DIOGENES (service de travail de rue à Bruxelles et membre de l’AMA), de nombreux moyens existent pour travailler avec les habitants de la rue en refus de soins :

 

1) Loi de mise en observation : possibilité de contraindre une personne à être soignée à 3 conditions :

  • avoir une maladie mentale (ne plus être maître de ses actes)
  • mise en danger (de soi et/ou d’autrui)
  • absence d’alternative à la contrainte (refus de soins)

Cette Loi permet, dans l’utilisation de la contrainte, d’une part, de mettre des garde-fous en termes de respect des libertés individuelles et des droits des patients (avis médical, décision de justice…) et, d’autre part, de placer la personne dans un circuit de soins adapté, via l’unité fermée d’un hôpital (et non dans un centre d’hébergement d’urgence non outillé pour ce type de prise en charge).
2) Travail de rue, techniques d’aide et méthodologies appropriées :

L’asbl DIOGENES tout comme d’autres équipes de travailleur de terrain, accompagnent quotidiennement des personnes en rue grâce à des travailleurs expérimentés et spécialement formés pour traiter les situations complexes qui parviennent, chaque jour, à « débloquer » la motivation de personnes en situation initiale de refus de contact, d’aide et de soins.  Ils le font dans le respect de la personne, en veillant à la placer au centre du processus d’accompagnement.

 

3) Gestion de crise et adaptation des dispositifs d’aide existants lorsque la situation le nécessite :

  • renforcement des services d’accueil de jour pendant l’hiver (Hiver 86.400)
  • ouverture de places supplémentaires dans les centres d’hébergement d’urgence (politique dite du « zéro refus »)
  • renforcement du travail de rue
  • renforcement des maraudes

 

Et si plutôt que de contraindre les sans-abri à se rendre dans un abri de nuit, les communes leur mettaient des logements à disposition ?

La lutte contre le sans-abrisme passe, bien entendu, par l’accès et le maintien dans le logement des personnes en précarité.  C’est du bon sens !

Mais des mécanismes de préventions doivent aussi être renforcés voir adaptés tels que l’individualisation des droits sociaux, l’intersectorialité des dispositifs et des prises en charges (logement, aide à la jeunesse, santé, santé mentale…).

D’autres solutions existent telles que l’accompagnement social en logement (appelé aussi guidance à domicile) ou le Housing First (accompagnement pluridisciplinaire intensif pour des personnes cumulant le fait d’être à la rue, à des problématiques de santé mentale et de toxicomanie), le logement solidaire qui permet de rompre l’isolement social…

 

Enfin, tout comme nous le disons pour les réglementations « anti-mendicité », ce n’est pas en « cachant le problème » qu’on luttera efficacement contre le sans-abrisme.

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