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Presse AMA

En Wallonie, la crise sanitaire perturbe les capacités d’accueil des sans-abri

Les plans Grand Froid sont normalement l’occasion d’une extension des horaires et des capacités d’accueil, de jour comme de nuit. Mais, à moins de trouver des parades, les mesures sanitaires réduisent le champ de l’action sociale.

Théo, Steve, François, Hassan, Noureddine et Jean-François pressent le pas. Ils se dépêchent pour arriver à l’ouverture à l’abri de jour et s’assurer, pour quelques heures, une place au chaud avec un repas fourni par le CPAS et du café. A La Louvière, sept jours sur sept pendant la durée du plan Grand Froid, qui court du 1er novembre au 31 mars, Picardie laïque assure, pour les sans-abri de plus de 18 ans, l’accueil de jour à l’Etape et l’accueil de nuit au Tremplin. Hors période covid, l’Etape peut accueillir 15 personnes simultanément, mais les mesures liées à la crise sanitaire font baisser ce nombre à 12. Un week-end sur deux, le lieu ouvre en début d’après-midi et reste ouvert jusqu’à 20 h 30. L’autre week-end, il est accessible de 10 à 15 heures. Ce dimanche, les « Educ’mobiles » du CPAS, qui assurent la permanence un week-end sur deux en alternance avec Picardie laïque, ont établi un switch pour permettre à trois personnes supplémentaires de bénéficier d’un repas complet. Mais 22 sans-abri se sont présentés et 7 d’entre eux n’ont donc pas pu accéder au local.

Dehors, le thermomètre affiche 7 degrés. Dedans, chaque personne se voit attribuer un espace, à un mètre et demi de distance de son voisin, et un plaid, qui sera mis en machine quand l’accueil prendra fin. Le port du masque est bien sûr obligatoire, et il est demandé de limiter les déplacements dans les locaux. Les bénéficiaires peuvent se servir de l’unique ordinateur pendant 30 minutes chacun, et utiliser le téléphone pour effectuer des démarches administratives. La télévision fonctionne dans une morne indifférence. Certains sortent sur le perron, malgré le froid et la grisaille, pour griller une cigarette.

En temps normal, des activités sont proposées : ateliers slam, sorties culturelles… Quand les règles de distanciation ne s’imposent pas, les week-ends où elle assure les permanences, l’Educ’mobile Marie-Laure D’Urso organise un atelier cuisine. Le samedi, elle emmène les bénéficiaires faire les courses du repas dominical. Ensemble, ils établissent le menu et, le dimanche, tout le monde met la main à la pâte. Steve (46 ans), qui vit dans la rue depuis cinq ans, confie que « le seul défaut de la rue qui me préoccupe, c’est de manger chaque jour. Mais avec les mesures sanitaires, Marie-Laure ne peut plus nous faire à manger. Je ne peux pas, comme certains, me contenter d’une tartine avec une tranche de fromage ou de deux gaufres. Ni manger chaque jour le même paquet de biscuits ».

Un toit, un café, un peu de chaleur

Trouver un toit où passer la nuit est une autre préoccupation quotidienne. La capacité de l’abri de nuit le Tremplin aurait dû monter à 16 lits dans le cadre du plan Grand Froid, mais en raison des règles de distanciation, elle se limite à 12. Un système de quota de nuitées a été mis en place pour que ce ne soient pas toujours les mêmes qui passent la nuit au chaud. Alors, certains, comme François (45 ans et de santé fragile), « économisent » ces nuitées en trouvant des solutions alternatives, en prévision des jours les plus froids et des fêtes à venir. François et Steve se réfugient ainsi chaque soir dans une banque louviéroise. Le matin, vers 7 heures, la femme de ménage les réveille gentiment et ils entament leurs pérégrinations presque immuables : aller au relais santé pour y prendre une douche et recevoir les soins médicaux et les aides psychologiques éventuellement nécessaires. Obtenir des vêtements et sous-vêtements propres, parce que rester propre aide à garder une relative santé mentale. Boire un café accompagné d’un biscuit… Puis se rendre à l’Etape, où ils pourront être aidés dans leurs démarches pour trouver un logement ou du travail. Et quand l’abri de jour ferme, aller tuer le temps dans le hall de la gare. D’autres ont opté pour la vie en squat ou, comme Théo (20 ans), ont choisi de dormir sous tente. Ils se sentent ainsi plus libres de vivre à leur rythme. Courant aussi le risque de braver le couvre-feu et d’être verbalisés. Ils payent parfois aussi le prix de comportements irrespectueux dans les abris de jour et de nuit, dont on leur interdit alors l’accès, en guise de sanction. C’est ainsi que certains errent de ville en ville, le temps de se faire oublier…

Le relais social urbain

A La Louvière, les abris de jour et de nuit sont des projets-pilotes de Picardie laïque. Ils sont menés en partenariat avec le Plan de cohésion sociale (PCS) et le CPAS. Ils s’inscrivent dans le relais social urbain, un réseau d’institutions publiques et privées qui développe un dispositif de lutte contre l’exclusion sociale avec le relais santé, le Dispositif d’urgence sociale (DUS), le bar à soupes de la Croix-Rouge ou encore les maraudes effectuées au centre-ville par les Educ’mobiles. En Wallonie, sept relais sociaux urbains sont subsidiés par le ministère wallon de l’Action sociale, de la Santé et de l’Egalité des chances, dans les villes de Charleroi, La Louvière, Liège, Mons, Namur, Tournai et Verviers.

 

Source : Le Soir

Caroline Dunski – Le 24/11/2020 à 16:42

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