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Lodelinsart: la directrice d’un « home pirate » inculpée

Des perquisitions au sein de la maison d’hébergement Les Cygnes de l’Étang.

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur et qui a récemment été mis en lumière par l’émission Devoirs d’enquête de la RTBF : les « maisons pirates » ou « structures d’hébergement non agréées », sont de plus en plus nombreuses et certaines sont dans le collimateur de la justice.

C’est le cas de la résidence des Cygnes de l’Étang à Lodelinsart, qui abrite une septantaine de personnes et qui a fait l’objet de perquisitions voici une dizaine de jours, suite à une dénonciation de l’Aviq (ex-Awiph).

La situation n’y est pas aussi grave que ce qui a été découvert au home Massimo de Gosselies ou au Prisme à Farciennes (voir plus bas) : « Les pensionnaires sont nourris correctement et l’hygiène est relativement bonne, nous explique-t-on au parquet de Charleroi. Néanmoins, plusieurs problèmes se posent : d’une part, une vingtaine de résidents dépendent de l’Aviq et d’autres ont plus de 60 ans, ce qui nécessite obligatoirement un agrément. Or, les Cygnes de l’Étang n’en disposent pas. Nous avons également constaté d’autres manquements, tels qu’une sortie de secours condamnée pour installer une douche. Le personnel est qualifié, mais n’est sans doute pas suffisant. »

Déférée devant la juge d’instruction Zidelmal, la directrice a finalement été inculpée d’abus de biens sociaux, d’abus de faiblesse et d’infractions au Code wallon de l’action sociale.

Elle a été laissée en liberté sous conditions, les plus importantes étant de se mettre en ordre et de collaborer avec les services administratifs.

Un administrateur de biens a également été désigné pour s’occuper des trois sociétés qui chapeautent le home.

Traitements inhumains au Prisme et au home Massimo

Si certaines maisons pirates sont plus ou moins bien tenues, d’autres sont clairement utilisées comme des « pompes à fric », pour le plus grand désarroi de leurs pensionnaires.

En septembre 2016, la police fédérale perquisitionnait le home Massimo à Gosselies à la suite de plusieurs plaintes concernant les conditions d’hygiène. Et effectivement, en pénétrant dans ce bâtiment occupé par 46 résidents, les enquêteurs ont été confrontés à un véritable cloaque.

Les lieux étaient infestés de rats, la nourriture douteuse était distribuée en faibles quantités et certains pensionnaires baignaient dans leurs excréments. Seuls deux infirmiers indiens, parlant à peine français, travaillaient dans ce home. Ils dormaient sur une paillasse et étaient également chargés de la cuisine et des tâches ménagères.

Vu leur état de santé, cinq pensionnaires ont été immédiatement hospitalisés. Onze autres ont été transférés dans des institutions psychiatriques. Le gérant, qui accédait aux comptes bancaires des victimes, a été placé sous mandat d’arrêt. Cet homme qui posait devant des voitures de luxe sur les réseaux sociaux alors qu’il entretenait visiblement la misère dans son établissement sera bientôt jugé devant le tribunal correctionnel de Charleroi. Selon le parquet, l’instruction est quasi bouclée.

En décembre de l’année passée, c’est le Prisme, à Farciennes, qui a reçu la visite des enquêteurs. « Là encore, des conditions d’hygiène douteuses ont été relevées, indique le premier substitut Marlière. Il n’y avait qu’un seul WC et deux douches mixtes pour 30 résidents, les matelas gorgés d’urine n’étaient jamais changés et les victimes étaient soumises à des punitions, voire à des privations de nourriture. Le cuisinier n’avait d’ailleurs que 2,50 euros par personne et par jour pour préparer les repas. »

Depuis lors, d’autres personnes ont repris la gérance et la situation s’est améliorée. Les anciens directeurs seront quant à eux poursuivis en correctionnelle pour traitements inhumains, coups et blessures, privation d’aliments ainsi que pour des infractions financières et sur l’art infirmier.

Un vide juridique, mais aussi politique

Comme l’a révélé récemment la RTBF dans son émission Devoirs d’Enquête, une liste noire des maisons pirates circule dans le milieu de la psychiatrie. Elle comprend une soixantaine d’établissements de Wallonie et de Bruxelles fonctionnant sans autorisation.

Si certaines résidences, telles que le home Massimo à Gosselies, sont de véritables cloaques, d’autres prodiguent des soins corrects à leurs pensionnaires. « Cependant, il est impossible de sanctionner pénalement les gérants sur cette absence d’agrément car le Code wallon d’action sociale ne le prévoit tout simplement pas. C’est le vide juridique total, déplore le premier substitut au parquet de Charleroi, Daniel Marlière. De même, la Région wallonne ne peut les faire fermer puisque sur le papier, elles n’existent pas. On en arrive à une situation paradoxale : seules les résidences en ordre sont contrôlées. Pour les homes pirates, nous devons démontrer d’autres infractions de droit commun, telles que la privation de nourriture ou les traitements inhumains, pour entamer des poursuites. »

Un autre souci se pose : si d’aventure ces maisons étaient fermées, leurs résidents se retrouveraient tout simplement à la rue, alors qu’ils nécessitent une prise en charge. « On ne sait tout simplement pas où les mettre, vu le déficit du circuit officiel », souligne-t-on au parquet.

Voilà probablement pourquoi ce problème de société est passé sous l’éteignoir par la classe politique. Faute d’un système efficace, il vaut mieux laisser vivoter ces homes non agréés, au risque que leurs résidents soient mal nourris, mal soignés voire carrément violentés et volés…

 

http://www.dhnet.be/regions/charleroi-centre/lodelinsart-la-directrice-d-un-home-pirate-inculpee-5a11c263cd70fa5a064f581e

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