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Nouveau dénombrement des sans-abri à Bruxelles: des chiffres qui dérangent?

Bruxelles compte 4175 sans-abri. C’est le résultat d’un dénombrement effectué en novembre dernier par la Strada, le centre d’appui au secteur bruxellois d’aide aux sans-abri. Le rapport complet est prêt, il devrait être présenté juste après les vacances de Pâques. Mais un vent favorable nous a déjà fait parvenir le constat principal : encore une fois, le nombre de sans-abri augmente à Bruxelles. C’est un coup dur pour les mandataires régionaux à l’approche des élections.

Tous les deux ans depuis 2008, le secteur associatif se mobilise une soirée et une nuit pour compter précisément le nombre de personnes qui vivent en rue et dans les centres d’hébergement : une photographie à « l’instant t » de la situation bruxelloise, en quelque sorte.

Le contexte du dénombrement était très difficile

Si le nombre de personnes sans-abri a doublé entre 2008 et 2016, les choses ne se sont pas améliorées depuis lors. Entre 2016 et 2018, la population de sans-abri a encore grimpé d’une petite centaine d’unités. La hausse est légère donc. Mais elle pourrait avoir été largement sous-estimée, de l’ordre de 10 à 15% selon nos informations.

« Lors de chaque dénombrement, le nombre de sans-abri est sous-estimé. Mais cette fois, sans doute encore plus : le contexte du dénombrement était très difficile« , nous confie une responsable du secteur de lutte contre le sans-abrisme. En effet, la Stib, dont les agents aident habituellement au comptage dans les stations, a cette fois manqué de personnel pour assurer une collaboration pleine et entière. Sans parler du licenciement, quelques semaines avant le dénombrement, de la personne responsable de celui-ci : cela a compliqué la mobilisation des bénévoles, moins nombreux et moins spécialisés dans le travail de rue qu’à l’habitude.

La sortie de ce rapport pourrait nuire aux intérêts des ministres

Quatre mois après le dénombrement, le rapport se fait toujours attendre. « Il est pourtant prêt, le statisticien a fini son travail« , nous confirment plusieurs sources. Tous les deux ans, le texte fait des allers-retours entre les cabinets politiques et la Strada, qui pilote le dénombrement. « Les cabinets veulent ‘aseptiser’ le plus possible les rapports du dénombrement, nous affirme un ancien éducateur de rue resté proche du secteur sans-abris. C’est un enjeu majeur pour le monde politique. » Pour lui, pas de doute : « La sortie de ce rapport est perçue comme une menace par les ministres compétents (NDLR : Céline Frémault et Pascal Smet). Cela pourrait nuire à leurs intérêts électoraux« .

Une publication après Pâques? On attend de voir

Cette responsable associative abonde dans le même sens : « A chaque dénombrement, les chiffres sont protégés. On nous demande de signer une clause de confidentialité. Il y une mainmise sur des données qui devraient a priori être transparentes« .

Si le sujet est si sensible, c’est parce qu’il questionne évidemment l’efficacité des politiques publiques régionales de lutte contre le sans-abrisme. Avec toujours le même débat entre moyens à allouer à l’aide d’urgence et au relogement structurel. « Dans les médias, les mandataires parlent de changement de paradigme, de réorientation des budgets vers les solutions structurelles. Malgré ce discours politique, dans la réalité, ce n’est pas le cas. » A titre d’exemple, le secteur pointe du doigt une contradiction : le grand bruit fait autour des projets « Housing First » (un logement avant tout, sans conditions), alors que ceux-ci ne représentent que 4% du budget régional de lutte contre le sans-abrisme.

La publication du rapport est annoncée pour dans un mois et demi, juste après les vacances de Pâques, et un gros mois avant les élections. Dans les cabinets, le timing est loin d’être idéal, reste à voir s’il sera maintenu. Le secteur associatif, lui, « attend de voir. On en a vu d’autres… »

Les ministres ont toujours été transparents

« Il n’y a aucune volonté de cacher quoi que ce soit, réagit-on au cabinet du Ministre néerlandophone Pascal Smet. La réalité et la vérité doivent être prises en compte et le seront. » Même garantie du côté du cabinet de son homologue francophone, Céline Frémault : « les ministres ont toujours été transparents et les résultats des dénombrements ont toujours fait l’objet d’une présentation au Parlement. »

Selon le cabinet, évaluer les politiques menées par la région sur base du dénombrement est une erreur.  « L’augmentation est constante dans toutes les grandes villes européennes. Elle est imputable à la crise migratoire des dernières années. Ainsi, 70% des personnes hébergées au Samusocial sont des sans-papiers« , fait remarquer l’entourage de la ministre cdH.

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_nouveau-denombrement-des-sans-abris-a-bruxelles-des-chiffres-qui-derangent?id=10163457&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=email_share

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