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Communiqué de presse : Braséro : Décès en rue à Tournai

La publication exprimant la tristesse de tous les professionnels face au décès par hypothermie d’une jeune bénéficiaire, a ému nombre de personnes et cet élan a pris une ampleur que nous n’aurions pas imaginée. Ce décès nous a d’autant plus touché que nous étions dans un processus d’accompagnement important avec cette personne…

Mais il y a toutes les autres qui n’ont pas eu la chance de faire les bonnes rencontres au bon moment qui n’ont pas eu la chance de trouver les points d’appui qui leur permettent de rebondir et d’être accompagnées à leur rythme. Un rythme bienveillant qui tient compte de leur temporalité, de leur fragilité. Il ne faut pas oublier qu’une mort par hypothermie est une tragédie mais d’autres décèdent d’une mauvaise santé due à une vie harassante en rue. C’est bien la rue et la précarité qui tuent car c’est une survie de chaque instant.

Pour nous, travailleurs de première ligne, c’est d’une évidence insoutenable. Certes la drogue, l’alcool et tout ce qui permet de s’extraire de la réalité sont nocifs pour la santé. Mais ce sont également des moyens de survie en soi : tout perdre, ses biens matériels, ses relations sociales et familiales, se retrouver à devoir faire la manche, ne plus être inscrit dans le social, se sentir comme un « sous-citoyen » et parfois être insulté par des passants est juste terrible à vivre. Très peu arrivent à le supporter sans échappatoire artificiel. C’est pourquoi nous nous devons d’être là et de les accompagner jusqu’au bout. Nous devons leur rendre leur dignité.

La crise sanitaire a grandement impacté notre public.

Les situations sociales sont souvent catastrophiques. Un grand nombre d’institutions de première ligne qui assurent une inscription dans le social restent en télétravail et sont difficilement accessibles pour ce public désorienté et n’ayant pas de téléphone ni internet. Le rythme pour répondre aux demandes est ralenti et nous demande plus d’énergie et de temps. Le stress de la pandémie, les amendes répétées et le manque de place dans les institutions précarisent encore plus ces personnes. Nous constatons également que les gens sont plus fatigués. Ils sont plus en insécurité, ont moins de facilité pour trouver un endroit pour s’abriter, moins de possibilité de faire la manche,… Ils commencent l’hiver dans des conditions plus dangereuses. Cette crise sanitaire n’a pas freiné le nombre de prises en charge : comme chaque année, nous avons accueilli de nouvelles personnes pour qui un passage en rue était parfois une première. Nous craignons très fort l’augmentation de personnes et de familles qui vont se retrouver dans des situations catastrophiques d’ici quelques mois. Cette crise en a ébranlé plus d’un et fera payer la plus grosse note aux plus fragiles…

Ce décès nous le rappelle cruellement. Mais combien d’autres décèdent ou sont enterrés dans l’anonymat ? Il existe sur Tournai un réseau qui travaille autour de cette grande précarité mais cela n’est pas suffisant. Nous manquons de moyens à tous les étages. Heureusement, nous pouvons compter sur nos co-partenaires qui viennent renforcer nos permanences d’accueil ; le Relais Santé, le Service de Santé Mentale du Tournaisis qui est également porteur du projet, le Relais Picardie Laïque, le SAIS et un médecin bénévole.

Les accueils de jour ne sont toujours pas reconnus en Wallonie. A Bruxelles, il existe un décret mais les moyens restent très limités. Or, il est essentiel d’avoir des équipes formées qui aient suffisamment de moyens pour ne pas être elles-mêmes dans la précarité. Nous devrions être dégagés de la crainte de savoir si les moyens financiers nous permettront d’assumer un encadrement de qualité et un accompagnement psycho-médico-social suffisant. Les accueils de jour qui sont sur tous les fronts doivent bénéficier de véritables moyens pour assumer un travail gigantesque de réinsertion sans devoir bricoler constamment avec des bouts de ficelles. Il est temps que des moyens suffisants soient dégagés et que nous soyons reconnus. Nous sommes le réceptacle de ce qui dysfonctionne : plus de lavoir social, plus de médiation de dettes, des fermetures de lits en hôpital psychiatrique, peu de WC publics fonctionnels…

Beaucoup de personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou de maladie psychiatrique arrivent en rue. Nous les accueillons alors que nous sommes très loin des normes d’encadrement et des moyens financiers des structures hospitalières. Des gens sont parfois amenés par l’ambulance car ils sortent de l’hôpital général sans aucune solution d’hébergement. Pareil pour les gens qui sortent de prison sans prescription de traitement de substitution en plein après-midi. Certains viennent directement de la prison jusqu’à Braséro. Nous devons alors réactiver le réseau rapidement mais certains se sentent découragés, se sentent laissé-tomber et replongent tout de suite. Ce désespoir, nous pouvons le comprendre et nous devons l’accueillir. A notre niveau, nous ressentons parfois un sentiment similaire car, comme ce public en rue, nous avons du mal à exister. Pas encore de bâtiment, pas de financement stable, nous faisons la course aux subsides alors que nous devons défendre les droits fondamentaux de nos usagers. C’est un grand écart quotidien énergivore : nous méritons des financements adéquats et pérennes, comme les personnes en rue ont droit à davantage de logements pour les mettre à l’abri et les aider à se réinsérer.

Depuis le premier confinement, fin mars 2020, Braséro n’a pas fait un jour de télétravail. Nous avons compensé des services qui ont fermé. Nous nous sommes réinventés en faisant des distributions de repas chauds avec nos partenaires, des maraudes supplémentaires pour garder le lien au quotidien avec notre public. Nous avons acheté des kilos de boites de conserves mangeables en rue, nous avons assumé des permanences sociales chaque jour,… Depuis le 1er juillet, nous avons décidé de rouvrir l’espace communautaire en réduisant le nombre de personnes présentes sur place en même temps tout en respectant des mesures parfois un peu folles car nous voulions limiter un maximum les risques pour chacun. Malgré cette deuxième vague, nous avons décidé d‘étendre nos horaires. Nous ouvrons 7 jours sur 7, jours fériés compris. Nous offrons deux permanences supplémentaires en matinée le jeudi et le vendredi, un deuxième membre de l’équipe a rejoint les maraudes de rue (avec les infirmiers du Relais Santé, les éducateurs de rue du SAIS, une infirmière de Citadelle). Parallèlement à la permanence d’accueil dans l’espace communautaire, nous restons tous les jours accessibles dans le sas d’entrée pour les personnes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas entrer. Nous réalisons des démarches sociales, des distributions de kits hygiène ou nous prenons du temps pour échanger avec eux.

Mais cela est-il suffisant ? Assurément non.

Il est frustrant d’entrevoir des solutions concrètes et faisables qui auraient des effets bénéfiques quasi immédiats sur ces personnes dont la vie ne tient parfois qu’à un fil : des investissements structurels stables et suffisants dans les associations leur venant quotidiennement en aide.
Mais pour aider toutes ces personnes en rue, il n’y a pas que l’argent. Il y a aussi la réappropriation d’une place, d’une considération, un sentiment d’appartenance à un groupe ; les humains. Et ce sentiment d’inclusion, il peut être impulsé par chaque citoyen, qu’il soit responsable politique ou non. Il faut arrêter de stigmatiser ou de cibler les personnes en rue, cela demande une réelle volonté de solidarité. N’importe qui peut aider à ce changement global avec un bonjour, une pièce, une tasse de café, une causette. Ces petites choses qui réchauffent symboliquement sont tout aussi importantes et aident les personnes en rue à ne pas se sentir des moins que rien.

 

L’équipe de Braséro

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