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Les incidents à la Porte d’Ulysse cachent un problème « bien plus profond »

A quelques semaines de son premier anniversaire, la Plateforme citoyenne a suspendu temporairement ses opérations d’hébergement. En cause : l’insistance, parfois violente, de personnes sans-abri qui, confrontées à la saturation des lieux d’accueil traditionnels depuis la fin du plan hiver, réclament d’être hébergées à la Porte d’Ulysse, un centre d’hébergement géré par la Plateforme.

Ce n’est pas la première fois que la Plateforme est forcée de stopper ses activités : il y a déjà un mois, “La Libre” faisait état de tensions au parc Maximilien. Le samedi 28 juillet, les bénévoles avaient dû battre en retraite face à l’agressivité ambiante.

Mehdi Kassou tirait alors la sonnette d’alarme. “L’idéal ? Ce serait d’être rejoints par des travailleurs sociaux, des maraudeurs… On a choisi de ne pas faire de distinction entre les différents publics, entre migrants et sans-abri. Mais aujourd’hui, on observe une vraie défaillance de la gestion de la rue et du sans-abrisme”, déplorait-il, pointant également du doigt la saturation des dispositifs d’accueil pour les personnes sans-abri en dehors de la période hivernale. Un mois plus tard, la situation ne s’est pas améliorée.

Ces propos n’étaient pas passés inaperçus dans le secteur du sans-abrisme. Certains ont d’ailleurs vu le constat de Mehdi Kassou comme un désaveu, une critique envers leur travail de terrain. Interrogé, le principal intéressé recadre. “Chacun fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. Tout le monde est saturé. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que la sonnette d’alarme est tirée. Chaque année, à la fin du plan hiver, (qui ne devrait plus exister en 2019 en Région bruxelloise au profit d’un plan d’urgence déclenché en fonction de certains critères comme la chaleur, le froid ou l’arrivée soudaine de migrants, NdlR) des associations mettent en avant le fait que des dizaines de personnes se retrouvent de nouveau à la rue. Ce système d’urgence, c’est une aberration. Et ça n’a rien de nouveau”.

Sans-abri et migrants : deux « publics » à ne pas opposer

Dans le milieu du sans-abrisme, on l’avoue sans hésiter : vu le nombre de personnes prises en charge et l’ouverture de leur propre centre d’hébergement à Haren, la Plateforme est devenu un acteur incontournable. Et on tient à éviter l’opposition entre deux publics, deux formes de pauvreté. On notera d’ailleurs que si la Plateforme abrite tant des sans-abri que des migrants (30 % du dispositif de nuit est occupé par les premiers), les centres d’hébergement pour sans-abri ont également toujours accueilli des sans-papiers. “Il ne faut pas se tromper : l’apparition de la Plateforme n’est pas liée à la gestion du sans-abrisme mais bien à un contexte migratoire où le politique n’apporte aucune réponse. C’est pour ça qu’on en arrive là : des citoyens remplissent un vide. A ce niveau-là, notre regard rejoint celui de la Plateforme, quand ils disent qu’ils ne devraient pas exister. Oui, elle apporte quelque chose en plus mais au niveau du sans-abrisme, des changements importants sont en cours depuis la dernière législature. Le scandale du Samusocial a aussi fait bouger les choses”, concède Hachem Samii Yahya, directeur de l’association La Strada.

Le manque d’accès au logement en toile de fond

Une réunion doit se tenir demain entre les ministres régionaux, la Plateforme et le secteur du sans-abrisme. Celle-ci devrait apporter des réponses immédiates aux problèmes de sécurité rencontrés par la Plateforme. Et si cette rencontre est indispensable, elle est d’ores et déjà jugée insuffisante. “Ce n’est pas en ajoutant des policiers au parc Maximilien ou en mettant plus de gardes de sécurité à la Porte d’Ulysse qu’on va trouver des solutions”, estime Christine Vanhessen, directrice de la Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri (AMA). “L’agressivité qui a mené à la fermeture de la Porte d’Ulysse met en avant un problème de fond : celui du manque d’accès au logement, du manque de solution durable. Ce n’est pas parce que notre réseau est saturé qu’une trentaine de personnes sont violentes ! C’est bien plus profond que cela. Tant que les personnes sans statut administratif n’auront aucun droit, tant que les sans-abri n’auront pas accès aux logements, tant qu’on maintiendra tout ce petit monde dans un état de fébrilité constant, on ne s’en sortira pas.”

Le fédéral pointé du doigt

Ce mardi matin, Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme instiguait les autorités bruxelloises à élargir le dispositif d’accueil sur Bruxelles. Pour la Plateforme, qui déplore les incidents survenus ces dernières semaines, la motivation des fauteurs de trouble reste avant tout « la volonté de trouver un lit”. “Le fédéral fait trop souvent la sourde d’oreille et renvoie à la Région. Qu’apporte-t-il comme solution ? Il y a des places dans les centre Fedasil. Vides ou non, elles coûtent 36 euros par jour. Pourquoi décide-t-on de les fermer (neuf centres d’accueil ouverts en 2015 doivent fermer d’ici l’horizon 2019, NdlR) alors que des personnes à la rue pourraient en bénéficier ?”, interpelle-t-il. Un argument appuyé par Christine Vanhessen. “Le bras de fer entre la Région et le fédéral est perdu d’avance puisqu’en la matière, le fédéral n’agit pas. On peut même parler d’une volonté de ne pas agir. Or, les clés des solutions sont entre les mains de différents niveaux de pouvoirs. C’est un jeu de vases communiquants. Encore une fois, ça va probablement retomber sur les communes et les ministres de tutelle de la Région, qui ne peuvent gérer ça seuls. En fait, c’est simple : le jour où des solutions seront trouvées, la Plateforme devrait logiquement disparaître. Nous aussi, d’ailleurs.”

Du côté de la Région, on se montre compréhensif, tout en mettant en avant les différents projets mis en avant pour remédier à la crise du logement à Bruxelles. Hausse des budgets Housingfirst pour faciliter la réinsertion des personnes vivant dans la rue, simplification de la procédure de l’allocation-loyer destiné à aider les ménages défavorisés à se loger sur le marché privé, refonte partielle des systèmes d’aide d’urgence (notamment suite au Samusocial), etc. « Jusqu’ici, le sans-abrisme était géré dans l’urgence, ce qui est rétrograde. Mais on a pris un vrai virage et dessiné des solutions pour mettre l’accent sur la réinsertion », confie une source gouvernementale bruxelloise, visiblement agacée d’être le dindon de la farce. « Si on ne fait rien, on est cloué au pilori et si on fait quelque chose, le fédéral se repose sur nous, par habitude. La vraie question, c’est quelle politique veut-on mener en matière de sans-abrisme ? Nous avons pris nos responsabilités. Mais une vraie politique ne peut être menée qu’avec quelqu’un qui joue le jeu… ». 

Sarah Freres – Publié le mardi 28 août 2018

Source : La Libre Belgique – http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-incidents-a-la-porte-d-ulysse-cachent-un-probleme-bien-plus-profond-5b856a22cd700399a0f626cb

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