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« Pas l’apanage des grandes villes »

Pour les associations de terrain, le sans-abrisme en milieu rural revêt de spécificités dont il faut se préoccuper

« On a cette image du sans-abri : ce vieux barbu, assis dans une rue de la ville », dit Mathieu Lefort, directeur du Soleil du coeur, une maison d’accueil pour sans-abri à Virton. Or, le sans-abrisme, ce n’est pas forcément la rue ou la ville, dit-il.
Christine Vanhessen, directrice de l’AMA (Fédération des maisons d’accueil et services d’aide aux sans-abri) partage : « le sans-abrisme n’est pas l’apanage des grandes villes. Ce n’est pas parce qu’on ne voit personne en rue qu’il n’y en a pas. »
Car tout dépend de la vision du sans-abrisme que l’on a, ajoute Joël Kinif, directeur de La Moisson, une maison d’accueil à Sainte-Ode.  Il se base sur la définition européenne Ethos qui tient compte d’un « sans-abrisme caché » : « Il y a les personnes en rue, certes, mais aussi les sans logement (maison d’accueil), les mal logées (logement insalubre) ou les logements inadéquats (tente, abri de jardin). »

Saturation

On vit la pauvreté différemment en milieu rural, appuie Mathieu Lefort : « Il n’y a pas, ou moins, de possibilités de survie, de restaurants pour se réchauffer la journée. »
S’il y a sans doute moins de sans-abri en ruralité qu’en centre urbain, la concentration de population étant moindre, dit Marie-Claude Chainaye, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, « le sans-abrisme en ruralité est moins visible, plus éparpillé. Or, la pauvreté qu’on ne voit pas est la pire ».
Les structures d’aide en ruralité saturent. À La Moisson, le taux d’occupation est de 90 %.  « Peut-on encore faire de l’accueil d’urgence ? Non », répond Joël Kinif. Même constat à Virton :
« On travaille avec des listes d’attente, explique Mathieu Lefort. 95 % des personnes viennent de la province.  Il y a une demande, car la précarité augmente dans la région.»

Nomadisme

Pour les deux directeurs, le sans-abrisme en milieu rural semble plus complexe, même s’ils ne veulent pas opposer les réalités – « c’est le même combat », insiste Mathieu Lefort. « Il y a d’ailleurs
d’autres réalités en centre urbain : là, tout est accessible, la drogue, l’alcool, dit Joël Kinif. Mais tout prend vite de l’ampleur en milieu rural. Surtout quand on n’a pas de voiture… »
L’offre de services est plus dispersée, l’accès à l’emploi, au logement est compliqué, décrit Christine Vanhessen.  « Le logement est aussi cher qu’en zone urbaine mais différemment cher. En ruralité, le logement va coûter cher en termes d’énergie, car il est mal isolé. »
« La proximité avec le Luxembourg rend les loyers onéreux ici », complète Joël Kinif.
Le nomadisme vers les grandes villes est une réalité.  « Parfois on leur dit : allez dans les grandes villes, vous aurez plus de chance, explique Marie-Claude Chainaye. Mais ce n’est pas la solution. Quand on est déjà en perte de logement, de repères, devoir s’en aller est une double peine. Si au moins on était sûr de trouver une réponse en ville. Mais là aussi il y a saturation des services. »
Pour Marie-Claude Chainaye, il faut par contre conscientiser certaines Communes au fait « que cela se passe aussi sur leur territoire. Il y a une responsabilité à partager. Sinon, ce sont les grandes villes qui doivent supporter le coût. Or, c’est un phénomène qui dépasse l’urbain. »

L’associatif en précarité

Joël Kinif pointe enfin le manque de moyens. « L’associatif est en grande précarité. On doit toujours bricoler. On manque de personnel. » Sa maison d’accueil reçoit 750 € par an et par lit. Pas de subsides pour l’infrastructure, les frais de réaménagement. « Force est de constater qu’héberger quelqu’un aujourd’hui nous coûte de l’argent. »

 

■Caroline FIXELLES – L’Avenir – 22/11/2019

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