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Presse AMA

Précarité: bientôt un centre de jour réservé aux jeunes SDF

Ils ont entre 13 et 26 ans. Ils sont mineurs étrangers non accompagnés, LGBTQI+, anciens enfants placés… Et de plus en plus nombreux. Un centre de jour réservé aux jeunes sans-abri devrait ouvrir ses portes au printemps à Bruxelles.

Un petit-déjeuner, un vestiaire, une douche, un endroit où laver ses vêtements, où parler, où jouer à des jeux de société. A priori, Macadam, ce sera ça. Juste ça. Une vie stable pour les jeunes dits en errance, « mais sans contraintes », souligne Yaël Wischnevsky, la future directrice de l’ASBL. Ce sont des jeunes de plus en plus nombreux, de moins de 26 ans, en situation de sans-abrisme ou à risque de s’y retrouver. Leurs liens avec leur famille, l’école, les institutions sont fragilisés ou rompus. Ils ont connu l’exclusion, les fugues, les renvois. Les logements alternatifs, les hébergements d’urgence, les nuits sur le canapé d’un pote ou à l’hôtel, les rares retours en famille, les squats et puis la rue, avec ce qu’elle représente comme dangers, violences et abus. Les institutions censées les protéger les ont déçus ou leur ont offert des solutions inadaptées, à un rythme qui n’est pas le leur.

Le centre d’accueil de jour Macadam, qui devrait ouvrir au printemps prochain à proximité de la gare du Midi à Bruxelles, se veut à bas seuil d’accès, c’est-à-dire à l’accueil inconditionné. « Nous, on sera la porte d’entrée pour ces jeunes », explique Yaël Wischnevsky. « Un foyer de vie. Un dispositif à l’écoute des jeunes avec des professionnels de secteurs différents qui peuvent répondre à leurs besoins, c’est-à-dire manger, se laver, se réchauffer, se reposer et une fois qu’ils ont la sérénité, le repos, la confiance en eux suffisante, chercher des solutions à leurs problèmes. »

La rue, synonyme de liberté

C’est en cela que le projet est une « innovation sociale », d’après la directrice : il rassemble des acteurs de terrain qui se réunissent en un seul et même endroit pour « travailler ensemble à trouver des solutions », précise le ministre bruxellois francophone de l’Action sociale Alain Maron (Ecolo). « Alors que souvent, les professionnels doivent accompagner le jeune physiquement dans ses différentes démarches. »

Ici, les secteurs de l’aide à la jeunesse, de la santé mentale, du sans-abrisme, de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales s’associent pour considérer « le jeune dans sa globalité et répondre à ses besoins de santé mentale, de restauration de confiance en soi, de formation », fait savoir Madeleine Guyot, collaboratrice du délégué général aux droits de l’enfant. « C’est un dispositif qui lui assure que, quoi qu’il arrive, il est toujours là », affirme Yaël Wischnevsky, « même si sa formation n’a pas abouti ou s’il a des assuétudes ».

Car le risque, c’est que ces jeunes en difficultés « ne soient plus récupérables après et soient accompagnés tout le reste de leur vie », souligne la future directrice : « Ils ont vécu des traumatismes. Et quand les institutions s’occupent d’eux, ils doivent s’autonomiser, avoir des revenus, garder leur logement. Alors, ils craquent sous la pression, se marginalisent et deviennent anti-systèmes. L’expérience de la rue devient synonyme de liberté face aux règles de la société dans lesquelles ils se sentent coincés. »

Stratégies de survie

On ignore combien de jeunes vivent en rue en Belgique aujourd’hui. « C’est un phénomène très connu, depuis des années, que l’on sait plus important à Bruxelles », précise Madeleine Guyot. « Mais le dénombrement est difficile parce que c’est un public très mobile qui peut aller de Bruxelles à Charleroi puis à Liège et qui va choisir un squat ou une chambre d’hôtel plutôt qu’être en rue. »

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a, parmi eux, des enfants placés, des jeunes LGBTQI+, rejetés par leur famille, des mineurs étrangers non accompagnés (Mena), des jeunes qui sortent d’hôpital psychiatrique ou de prison, des jeunes filles qui fuient leur lieu de vie à cause de violences morales ou physiques. Et que tous développent des stratégies de survie. Que ce soit le vol et la délinquance, les jobs informels comme la recharge de trottinettes électriques la nuit ou des prestations artistiques avec un passage de chapeau, la demande de dons pour des associations qui n’existent pas. Question de survie. Peu mendient : « ils ne veulent pas attirer la pitié », affirme Fanny Laurent. Certains se prostituent. Pour de l’argent ou pour un logement. « Les jeunes filles n’identifient pas ça comme de la prostitution », souligne la chargée du travail social communautaire. « Mais le corps est un moyen d’échange comme l’argent : ‘Le gars a accepté de m’héberger, c’est donc normal que je couche avec’. »

Les pros en réseau

Une chose est sûre : de plus en plus de jeunes sont à la rue, affirme Yaël Wischnevksy. Et la crise sanitaire risque de fragiliser davantage encore la vie des enfants et jeunes adultes en difficulté. Celle des LGBTQI+ ou des jeunes victimes de violence dont la situation familiale s’est détériorée en confinement. Celle des enfants issus de familles pauvres qui éprouvent de plus en plus de difficultés à s’en occuper.

D’où l’urgence de rassembler tous les acteurs concernés. « On a décidé de travailler à un projet A way home, qui est une coalition avec des acteurs issus de l’aide à la jeunesse, de la santé mentale, de lutte contre le sans-abrisme et la pauvreté », explique Alain Maron. Un mouvement qui est né au Canada où 20 % des sans-abri ont entre treize et 24 ans et qui vise à rassembler les différents professionnels concernés autour de la table. « On réfléchit à quoi faire ensemble et on sensibilise les politiques à ce niveau », précise Yaël Wischnevksy. « Quitte à faire bouger les lignes. On part du terrain pour faire remonter les besoins. Parce que c’est un public qui n’est pas facilement atteignable, ni approchable, qui met fort en question ce qui lui est proposé et pour lequel il n’y a pas de recette miracle ! »

En chiffres

1.600

Le nombre de jeunes différents qui auraient fait appel une fois à l’accueil du Samu social, selon Madeleine Guyot, collaboratrice du délégué général aux droits de l’enfant : « C’est un chiffre à prendre avec beaucoup de recul. Cela nous semble beaucoup. Il y a une vraie difficulté du dénombrement des jeunes en errance. C’est aussi pour cela que Bruss’Help va tenter de développer une méthodologie précise. »

2

L’ASBL Macadam compte actuellement deux équivalents temps-plein, à savoir la directrice et la chargée du travail social et communautaire, qui travailleront avec plusieurs associations.

25 %

« Dans cette population de jeunes en rue, les LGBTQI+ sont sur-représentés, soit entre 25 et 35 % contre 7 % dans la population générale », fait savoir Bénédicte Hendrick, conseillère au cabinet du ministre Maron.

 

Source : Le Soir

Par Sophie Mignon – Le 22/11/2020 à 17:23

 

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