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Sans-abrisme : bientôt deux nouveaux Relais Sociaux en Wallonie

C’est une première en Wallonie : si le territoire abrite sept Relais Sociaux Urbains, il comptera également dans les prochains mois deux Relais Sociaux Intercommunaux dans les provinces du Brabant wallon et du Luxembourg. Une grande avancée à plus d’un titre. D’abord parce qu’en raison de leur simple constitution, ces Relais Sociaux Intercommunaux confirment la présence d’une précarité parfois euphémisée. Ensuite parce qu’ils permettront, à travers l’objectif qu’ils poursuivent − coordonner des opérateurs associatifs et publics actifs dans la lutte contre la grande précarité (1) −, de rendre plus visibles et de mieux accompagner les publics les plus fragilisés.

28/04/21

L’article est disponible également ici.

Auteure : Lina Fiandaca

Source : guidesocial.beArticle issu du partenariat entre l’AMA et le Guide Social

« La pauvreté n’est pas inhérente aux grandes villes », plaide la Fédération des Maisons d’accueil et des Services d’aide aux sans-abri (AMA) par la voix de sa directrice Christine Vanhessen. La pauvreté ne s’arrête ni aux portes de Charleroi, ni à celles de Liège et des cinq autres villes qui disposent d’un Relais Social Urbain (2). La création de ces structures qui jouent un rôle essentiel dans la coordination des acteurs publics et privés reste relativement jeune. Preuve en est : le Relais le plus ancien, celui de Charleroi, fête ses 20 ans cette année.

Le Code Wallon de l’Action Sociale et de la Santé (CWASS) prévoit la création de deux types de Relais Sociaux : les Relais Urbains dans les villes de plus de 50.000 habitants et les Relais Sociaux Intercommunaux dans les territoires qui n’en disposent pas. Nous y voilà. Les provinces tant du Brabant wallon que du Luxembourg en étant dépourvues (3), le Relais doit dès lors être créé à l’échelle d’un arrondissement administratif. La province brabançonne ne comptant que celui de Nivelles, le Relais porte donc sur tout le territoire provincial. Dans la province luxembourgeoise, en revanche, c’est l’arrondissement de Bastogne qui a été retenu.

Brabant wallon : la seule province sans abri de nuit

Seule province en Wallonie à ne pas disposer d’abri de nuit, le Brabant wallon contrevient à une obligation wallonne qui demande aux villes de plus de 50.000 habitants et à chaque province d’assurer inconditionnellement aux personnes en difficultés sociales dépourvues de logement un hébergement collectif d’urgence pour la nuit (4). La question n’a pas manqué d’animer les débats ces dernières années. « Les travailleurs sociaux réclament un abri de nuit en Brabant wallon mais on a pu constater une certaine frilosité politique », explique Christine Vanhessen, directrice de l’AMA qui pilote ce dossier dans lequel la Fédération joue un rôle d’impulseur. Elle estime toutefois que l’abri de nuit n’est pas la seule et unique solution. « Il y a des questions à se poser : en a-t-on besoin ? Y a-t-il d’autres dispositifs plus adaptés ? Il y a un gros travail à mener sur le logement pour le rendre accessible. Ou sur le renforcement de l’accompagnement en logement. L’intérêt du futur Relais Social, ce sera de pouvoir entendre toutes les parties et de diagnostiquer leurs besoins ».

La question de l’abri de nuit a déjà poussé différents acteurs à se mettre autour de la table. « De leurs discussions en a découlé le constat qu’il manquait un organe qui permettrait d’aller au-delà de l’urgence », indique Maelle Dewaele. Détachée du Relais Social de Charleroi où elle travaille en tant que chargée de projets et d’études, elle s’est vu confier l’importante mission de mise sur pied du Relais Social brabançon. « Je travaille en étroite collaboration avec l’AMA qui dispose d’une vision beaucoup plus méta et d’une connaissance des services du réseau ».

Il existe six maisons d’accueil et un centre d’accueil de jour en Brabant wallon. A côté de ces structures, il s’agira de réunir les autres parties prenantes au projet. « Pour constituer un Relais Social Intercommunal, il faut minimum 3 CPAS, 3 villes, un hôpital, un service de santé mentale, un service spécialisé dans l’accompagnement individualisé et un service d’hébergement », précise Maëlle Dewaele.

Avoir une vision et des chiffres sur la précarité

La mission revêt plusieurs volets. « L’objectif est d’avoir une vision sur la précarité dans le Brabant wallon où il n’existe actuellement aucune donnée chiffrée sur le sans-abrisme et de proposer un plan d’actions », poursuit la chargée de projet. La machine est lancée. Des rencontres individuelles avec les différents acteurs ont déjà eu lieu. En parallèle, un important travail a été mené sur l’élaboration du plan d’actions notamment autour d’un premier bilan sur la période hivernale.

Prochaines étapes : rassembler l’ensemble des partenaires, s’accorder sur les statuts de l’ASBL (5), tenir l’assemblée générale constitutive de cette ASBL, déposer la demande de reconnaissance auprès de la Région wallonne. « Niveau timing, on espère aboutir pour la fin de l’année pour que le Relais Social soit opérationnel début 2022 ». Et après ? Certaines priorités ont déjà pu être dégagées. A commencer par la question de l’accroche des publics : comment aller chercher des publics « invisibles » ? La thématique de l’accès au logement durable occupera également une place importante sachant que le marché locatif reste élevé dans la province. La question de la santé mentale est aussi soulevée : une problématique que l’on retrouve d’ailleurs sur d’autres territoires

Province du Luxembourg : demande de reconnaissance imminente auprès de la Région wallonne

Les Luxembourgeois sont déjà plus avancés que leurs homologues brabançons. L’ASBL a déjà été constituée et comme nous l’apprend Antoine Farchakh, chargé de projets wallons à l’AMA, « la demande de reconnaissance devrait être déposée dans les prochaines semaines auprès de la Région wallonne. Les budgets sont déjà débloqués pour 2021 et 2022. Un montant de 200.000 euros a été octroyé par le Gouvernement wallon pour les deux Relais Sociaux Intercommunaux en cours de création ».

En province de Luxembourg, c’est notamment à la faveur de la Covid-19 que la constitution d’un Relais Social a connu un coup d’accélérateur. « La pandémie a conduit les différents services à mutualiser leurs moyens et notamment leurs subsides. Ils ont réalisé qu’il serait intéressant de pérenniser cette collaboration », poursuit Antoine Farchakh.

Un futur Relais en Hainaut Occidental ?

Et dans le reste du territoire wallon ? La directrice de l’AMA nous confie que sa Fédération a été contactée par un opérateur de Mouscron sur l’opportunité de créer un Relais Social en Hainaut Occidental bien qu’il existe un Relais Social Urbain à Tournai. « La crise sanitaire a accéléré les processus : des budgets nouveaux ont été alloués et les différents opérateurs publics et associatifs ont dû se mettre autour de la table pour gérer une situation inédite. Comment assurer l’accueil des publics tout en respectant les normes sanitaires ? Comment mutualiser les efforts de chacun pour acheter des masques et du gel hydroalcoolique ? Je caricature les questionnements qui ont vu le jour mais on peut clairement affirmer que la crise a renforcé des dynamiques de collaboration existantes et l’accès aux financements. Au niveau du Gouvernement wallon et de la Ministre en charge de l’Action sociale, Christie Morreale, il y a eu une prise de conscience des besoins. Des budgets colossaux ont été dégagés et ont permis de mettre à l’abri notre secteur. Pour une fois, il a été bien loti. »

Vers la création d’un Observatoire wallon de lutte contre le sans-abrisme ?

C’est une demande qui figurait déjà dans le cahier de revendications de l’AMA en vue des élections régionales de 2019. « Nous plaidons au sein de la Fédération pour la création d’un Observatoire Wallon du Sans-abrisme. Car si on n’objective pas les phénomènes de grande précarité, on ne sait pas y apporter des réponses adéquates. A l’échelle de la Wallonie, les chiffres sur le mal logement et le sans-abrisme sont à ce stade parcellaires », constate Christine Vanhessen. « Les sept Relais Sociaux Urbains fournissent des données qui ont le mérite de mettre en lumière ce qui existe mais certaines de ces statistiques ne sont pas compilables. Comment savoir si la personne qui a été hébergée à l’abri de nuit de Charleroi n’est pas la même que celle qui sera comptabilisée à l’abri de nuit de La Louvière le jour suivant ? ».

Et la directrice de l’AMA de pointer encore des initiatives qui vont dans le bon sens comme les premiers dénombrements de personnes sans-abri qui ont eu lieu, récemment, dans d’autres villes que Bruxelles. A l’initiative de la Fondation Roi Baudouin, des comptages ont été réalisés notamment à Liège et à Arlon.

Il importe toutefois d’aller au-delà de ces mesurages réalisés à un instant « T » pour rassembler autour d’une structure faitière l’ensemble des Relais Sociaux Urbains et Intercommunaux. Mais pas seulement. « Tous les secteurs qui sont concernés par la problématique du mal logement et du sans-abrisme en feraient partie comme le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté mais aussi les initiatives en faveur des migrants ou encore des structures comme la Croix-Rouge », développe Christine Vanhessen qui voit dans l’affectation récente d’une personne au sein de l’administration wallonne aux matières liées au sans-abrisme ainsi que dans certaines intentions du Plan de Lutte contre la Pauvreté ou encore dans le Plan de Relance « Get up Wallonia », des signaux positifs pour faire de cette Observatoire Wallon de Lutte contre le Sans-abrisme une réalité à l’horizon 2024.

Lina Fiandaca

Savoir plus :

1 : A noter que les Relais Sociaux permettent aux acteurs publics et associatifs de bénéficier de subsides récurrents.
2 : Il existe sept Réseaux Sociaux Urbains sur le territoire wallon à Charleroi, Liège, Namur, Mons, Tournai, La Louvière et Verviers. Les relais travaillent sur quatre axes : l’accueil de nuit et de jour, l’urgence sociale et le travail de rue.
3 : Bastogne compte près de 16.000 habitants tandis qu’Arlon, le chef-lieu de la province luxembourgeoise compte une population avoisinant les 30.000 habitants. En Brabant wallon, la plus peuplée des principales villes, Braine l’Alleud, abrite près de 40.000 habitants contre environ 34.000 à Wavre, plus de 31.000 à Ottignies, 30.000 à Waterloo et 28.500 à Nivelles.
4 : A noter que la province du Luxembourg dispose d’un abri de nuit à Arlon.
5 : « Contrairement aux Réseaux sociaux Urbains constitués en associations Chapitre 12, le Relais Social du Brabant wallon sera créé sous la forme juridique d’une ASBL pour plus de souplesse », explique Maelle Dewaele.

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