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Le «Team Herscham», en première ligne contre la mendicité agressive

Guido s’approche du vieil homme allongé sous une veste noire de motard, devant le parvis de la gare Centrale. Il fait froid, en ce début février à Bruxelles. Le policier réveille le sans-abri en soulevant doucement le vêtement. «  Monsieur ! Vous parlez français ?  » Non. Mais après quelques secondes d’hébétude, l’homme aux traits épais et aux immenses poches sous les yeux fait comprendre à son interlocuteur qu’il est Tchèque. Un collègue de Guido vise quelques secondes le papier d’identité qu’on lui a tendu : malgré la barrière de la langue et des vêtements civils, le vagabond comprend vite qu’il a affaire à quatre policiers. La sentence tombe : «  Prenez vos affaires et allez vous mettre au chaud à l’intérieur de la gare  » l’invitent les agents, avec force gestes. Ainsi va la patrouille du «  Team Herscham  », une équipe presque surprise de rencontrer un sans-abri qui leur était encore inconnu.

La référence n’échappera pas aux plus geeks d’entre-vous : Herscham, c’est le dieu des mendiants et des exclus dans le jeu – de rôle, vidéo et de société – Warhammer. C’est aussi, depuis 2003, la cellule de la police fédérale qui connaît le mieux le monde de la rue bruxellois. «  Ce monde parallèle  », comme le raconte l’inspecteur Alain Magnée, où se côtoient sans-abris belges, étrangers, clochards, mendiants, personnes en errance, artistes de rue, junkies ou personnes en (relative) bonne santé… Tout un monde sur quelques kilomètres carrés. L’équipe de quatre hommes est passée dans le giron de la zone de police Bruxelles-Ixelles en 2010. Le moindre problème ou la moindre nuisance avec le peuple de la rue ? C’est Alain, Guido, Chris ou Michel qu’on appellera.

« Être là pour eux »

«  Notre première mission, c’est d’être là pour eux. Quand vous êtes à la rue, souvent, vous n’avez aucun papier d’identité. Et la première marche vers la réinsertion, ce sont ces papiers qui vous donnent ensuite accès au CPAS, puis un petit revenu social…  » développe Alain Magnée, qui travaille pour Herscham depuis 2006. Une cellule très sociale de la police, donc. «  On organise une permanence chaque semaine au commissariat pour recevoir les sans-abris, leur fournir leurs papiers, des conseils pratiques ou tout simplement un vêtement propre.  »

Chris, Michel, Guido et Alain. À eux quatre, ils sont le «
Team Herscham
».

En première ligne face à la misère humaine, les quatre hommes ne sont pas insensibles aux trajectoires de vie qu’ils rencontrent. «  Lorsqu’on suit pendant des années un SDF et qu’on apprend subitement qu’il est mort, cela fait quelque chose  », reconnaît, pudique, l’inspecteur. À l’inverse, il y a des joies que seul un poste dans l’équipe Herscham peut procurer : «  On ne fait pas ce métier pour recevoir des fleurs, mais quand vous patrouillez sur la Grand-Place et qu’un gars que vous avez croisé deux ans dans les rues vous déclare qu’il s’en est sorti, ça fait chaud au cœur  », raconte le policier avec son accent Liégeois.

La patrouille se poursuit. En face de l’hôtel Warwick tout proche, le quatuor s’arrête devant un amoncellement de cartons et de détritus. Forcément, la vue depuis les chambres du cinq étoiles n’est pas idéale… «  On participe tous les 10 jours à une action de nettoyage. On y relève à chaque fois 12 à 16 m³  », explique Alain Magnée, à un mètre de ce qui semble être une flaque de vomi. Guider les services de nettoyage fait partie du boulot. Au même titre que la médiation, agir sur une scène de violence ou retrouver des personnes suspectes ou disparues.

Mais ce qui occupe de plus en plus l’équipe Herscham, mois après mois, c’est la population Rom qui mendie à Bruxelles. Leur hiérarchie leur a demandé de recenser le phénomène. «  Ils sont beaucoup plus nombreux que l’année dernière. Mendier n’est pas un délit, mais eux s’adonnent souvent à une mendicité agressive. C’est-à-dire qu’ils se plantent devant les passants, les touristes, pour demander de l’argent. Ce n’est pas toléré.  » Rue des Colonies, un homme seul et – surtout – un couple et son enfant, font la manche à 50 mètres de distance. La cellule Herscham les connaît bien. La situation de la fillette de moins de 10 ans les agace. «  On est impuissants… tout ce qu’on peut faire c’est les envoyer ailleurs pour que la petite se réchauffe.  » Père, mère et enfant prennent leurs affaires et redescendent en direction de la gare. L’homme seul, situé un peu plus haut dans la rue, fera mine de partir mais sera de retour à son exact emplacement une demi-heure plus tard. Alain Magnée : «  Pour ces 170 à 200 personnes, la mendicité est un mode de rémunération. C’est organisé. Des groupes entiers quittent en même temps la ville et sont instantanément remplacés par un autre qui arrive de Roumanie par bus Eurolines. C’est pour ça que les Roms tiennent les ‘meilleures’ places, celles qui rapportent le plus d’argent, analyse l’inspecteur. L’autre jour, un Rom nous disait qu’il faisait la manche à Bruxelles quelques mois, le temps de réunir la somme de 4.000 euros. Ensuite il repartirait là-bas, en Roumanie, pour s’offrir une maison.  » Le salaire moyen en Roumanie est inférieur à 500 euros nets. C’est encore moins pour la communauté Rom, victime du racisme.

http://plus.lesoir.be/140494/article/2018-02-16/le-team-herscham-en-premiere-ligne-contre-la-mendicite-agressive

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