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Parents pauvres, parents dignes

Si la pauvreté n’est plus un secret, elle reste incomprise, stigmatisée, snobée dans une société où les réseaux sociaux semblent prôner le bonheur et l’opulence universelle. Comment sortir du cercle vicieux de la pauvreté et rester un parent digne lorsqu’on élève ses enfants dans la précarité ? Le point de vue de Jean-Luc Joiret, directeur de la Maison d’Accueil d’Urgence de l’Ilot ASBL, qui héberge et accompagne les plus démunis.

D’après les derniers chiffres d’Eurostat, 20,8 % de la population belge est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. Les familles monoparentales sont parmi les plus touchées par cette précarité. Et les enfants en sont les premières victimes : à Bruxelles, on estime que près d’un quart des jeunes de moins de 18 ans vit dans un ménage sans revenus du travail.
Une situation d’autant plus critique qu’elle implique souvent un engrenage négatif, comme l’explique Jean-Luc Joiret, directeur de la Maison d’Accueil d’Urgence de l’Ilot ASBL : « La pauvreté dans un ménage implique souvent une instabilité, de la violence conjugale et familiale. Les enfants se retrouvent au cœur de situations très difficiles à vivre. Lorsqu’un parent se retrouve à la rue, est expulsé ou confronté à des problèmes socio-économiques et qu’il ne parvient pas à assurer le bien-être de ses enfants, il se retrouve dans une situation extrêmement culpabilisante. Il perd totalement confiance en lui et en son rôle de parent. Il se sent stigmatisé comme ‘mauvais parent’ et, indirectement, les enfants ressentent et subissent cela aussi ».

Des aides insuffisantes

D’après le directeur de l’Ilot ASBL, les aides apportées aux familles confrontées à la pauvreté sont largement insuffisantes. « Les services d’aide sont complètement débordés, la pression est importante. Le rôle des politiques devrait être d’augmenter les moyens de ces services, d’établir des balises plus claires pour éviter le surendettement et travailler la prévention à la pauvreté. À titre d’exemple, trouver un service de médiation de dettes qui n’est pas totalement débordé est pratiquement mission impossible, obtenir un logement décent pour une famille qui est à la rue est excessivement compliqué… Sans parler des difficultés de mise à l’emploi, du coût de la vie et des loyers à Bruxelles, qui constituent autant d’obstacles pour ces familles ».

Adieu les clichés

Enrayer le cercle vicieux de la pauvreté n’est donc pas chose aisée. « Les familles les plus précarisées ou les plus stigmatisées ont souvent connu tellement de ruptures et de difficultés qu’elles se sont un peu renfermées sur elles-mêmes et acceptent plus difficilement l’aide extérieure, par crainte qu’on les dévalorise, qu’on leur retire la garde de leurs enfants », explique Jean-Luc Joiret.
« Les parents précarisés sont confrontés à l’image d’une société idéale, de familles parfaites, de parents irréprochables. À l’Ilot, notre but est de casser ces clichés, de leur expliquer qu’être de bons parents ce n’est pas toujours facile, qu’ils en ont les capacités et que les principaux besoins de leurs enfants ne sont pas nécessairement matériels.  Nous ne sommes pas là pour les juger mais pour les aider, leur redonner confiance, leur permettre de revenir à un fonctionnement familial le plus positif possible. »

Source: le Ligueur – Maria-Laetitia Mattern – Publié le 17 octobre 2018

https://www.laligue.be/leligueur/articles/parents-pauvres-parents-dignes

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